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Vikash Dhorasoo : "Fallait pas donner les JO à la Chine"


Après le fiasco du passage de la flamme olympique lundi dernier dans la capitale, le mélange des genres entre sport et militantisme suscite de vives réactions, et pose la question de l'engagement des sportifs. Connu pour son franc-parler, mais aussi pour ses positions aux côtés de Ségolène Royal pendant les présidentielles, puis de Bertrand Delanoë aux municipales, l'ancien joueur de foot Vikash Dhorasoo a bien voulu nous y répondre. Alors, boycott ou pas boycott ? Public : Plusieurs sportifs, David Douillet en tête, pensent que ce n'est pas leur rôle de prendre position sur des sujets politiques, êtes-vous d'accord ?Etre sportif, avoir des idées et les revendiquer n'est pas incompatible. En même temps, c'est dur de demander à des sportifs qui ont travaillé et préparé pendant quatre ans, certains même toute une vie, les jeux olympiques, d'y renoncer. Je ne peux pas me permettre de me mettre à leur place et de dire ce qu'il leur faudrait faire. À la rigueur, je pense que c'est peut-être plus facile de prendre position dans le cadre d'un sport individuel plutôt que collectif, et encore...Public :Donc contre le boycott ?Ni les Jeux Olympiques ni les sportifs ne méritent le boycott. Ca serait plutôt au niveau des entreprises qui vont investir là-bas qu'il faudrait agir, mais malheureusement aujourd'hui, perturber tout ce qui s'organise est le seul moyen médiatique pour se faire entendre. Parce qu'aller manifester en bas de ces grandes entreprises n'a pour l'instant jamais rien donné, ni au niveau économique ni au niveau politique. Public :L'engouement autour de la cause tibétaine est-il bien servi quand il est défendu à travers le biais des Jeux Olympiques ?Au départ, l'erreur a été de donner les JO à la Chine ! Ce qui est embêtant, c'est qu'on sait depuis le début que la Chine est une dictature qui bafoue les droits de l'homme dans son propre pays, et qu'il ait fallu attendre que l'on touche aux tibétains pour que tout le monde se réveille. Jusqu'à présent, on est dans la politique de l'émotion. D'un seul coup, parce que c'est exotique, le Tibet, le dalaï-lama et sa non-violence, il faut réagir tout de suite. C'est un peu comme toucher les Chti's en France à l'heure actuelle... Je me demande quelle est la part d'émotion là-dedans et d'engagement réel.Public :Justement, entre les anneaux en menottes de RSF et les badges que les sportifs français ont affiché hier " pour un monde meilleur ", n'y a-t-il pas un gros décalage dans la manière d'appréhender, et de défendre cette cause ?RSF, ça fait bien longtemps qu'ils se battent pour défendre la liberté d'expression dans le monde. Bien avant que les émeutes au Tibet ne surviennent, ils m'avaient déjà contacté et sans aucune prétention, j'ai accepté de faire campagne à leurs côtés. Ce que fait RSF relève d'un véritable combat, alors que ce badge, c'est une blague ! Déjà ce qu'il y a de marrant, c'est qu'ils vont aller en Chine avec un pin's en français ! Personne ne pourra le lire ! Résultat : Il n'y aura que les français qui pourront le lire,et qui vont regarder les sportifs français, avec ce pin's français, qui ne va intéresser personne d'autre ! Mais bon, c'est déjà ça...En même temps, c'est compliqué de prendre en otage les sportifs, qui n'ont pas décidé que les Jeux se fassent là-bas...Public :Comment devrait-on alors décider du lieu où se jouent les JO ? Prendre en compte l'avis des sportifs ?Quand on est responsable du CIO, que l'on sait ce que sont les Jeux Olympiques, ce qu'est l'olympisme... moi je ne comprends pas, je me demande s'ils ont un cerveau au CIO... De toute manière, faut pas se leurrer, les valeurs de l'olympisme sont beaucoup plus mercantiles. Les JO maintenant, ce n'est plus amical : ce sont des chaînes de télé, des diffusions, des sponsors...Public :Finalement, le sport, n'est-ce pas un bon moyen de faire de la politique ?C'est en tout cas un bon moyen de faire diversion...surtout avec le foot ! C'est important pour les politiques d'être là, parce que le sport c'est important, c'est très tendance même de s'afficher avec des sportifs. On l'a vu pendant la campagne électorale d'ailleurs, où beaucoup de sportifs se sont affichés à droite. Nicolas Sarkozy a séduit, ou tenté d'en séduire beaucoup parce que ça a de l'impact sur les gens aujourd'hui.Public :Sans faire de comparaisons, comment expliquer qu'à travers le sport, les gens soient capables du meilleur, comme se mobiliser pour le Tibet, comme du pire, que l'on a pu voir sur une banderole au stade de France ?  Aller au stade, pour certains, c'est un défouloir. C'est le mec en costard cravate qui insulte l'arbitre, et devant son gosse en plus ! Le foot, ça peut inspirer ça, mais une fois encore, ce n'est que du business. Par exemple, la banderole, on ne l'a pas montrée pendant le match. On l'a à peine vue. Forcément, ça n'allait pas avec la retransmission. Même le soir dans les journaux, c'était un entrefilet. Ce n'est que le lendemain que tout le monde a crié au scandale. Surtout que pour moi, cette banderole, elle était ratée, elle était juste nulle. Je ne dis pas qu'il y a eu pire parce que ce n'est pas à moi de mesurer ce qui peut l'être ou pas, mais je pense que Sarkozy à autre chose à faire que de recevoir le maire et le président du club de Lens. Mais comme on est, encore une fois, dans la politique de l'émotion, c'est bien en ce moment de défendre les Chti's parce que c'est la province et Dany Boon... Par contre, quand Ouaddou, qui est Noir, se fait insulter, le président de la fédération française, Thiriez, n'a pas dit " on est tous des Noirs aujourd'hui ". Et je pense que défendre les Noirs, les femmes, les homos, c'est aussi important que défendre les Chti's.     

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